Veganisme

"Ethique vegan", un oxymore?

Oui, j'exagère... mais pas tant que ça.

En parlant des produits animaux du point de vue nutrition, je lis régulièrement cette réaction : "ok le veganisme c'est pas le meilleur pour la santé, mais l'éthique m'interdit de manger de la viande".

Le véganisme repose sur une vision de l'éthique qui n'est pas une vérité universelle. Basée d'abord sur une émotion culturellement induite, cette vision de l'éthique se contredit elle-même.

Etre vegan, en gros, c'est considérer que tout animal a la même valeur et donc qu'on n'a pas le droit de faire du mal aux autres animaux. Jusque là, ok.

Si c'était possible, je voudrais abolir l'élevage et remettre l'humain à sa place : arrêter d'enfermer les autres animaux, que ce soit pour les manger, les regarder, faire de la recherche, tromper sa solitude, ou même s'en protéger.
Mais je serais pour la chasse, la pêche et le ramassage d'oeufs, de fruits de mer, de miel, et pour utiliser dans l'artisanat ce qu'on ne mange pas sur les animaux sacrifiés : peau, poils, os, etc.

Le problème dans le discours des vegans, c'est de considérer qu'un prédateur n'a pas le droit de chasser.

L'humain est un animal comme les autres, pourquoi devrait-il se voir privé de ses besoins plus qu'un autre animal?
Si on dit que tuer des animaux c'est mal, alors on place les herbivores au dessus des carnivores, et vlam, toute la théorie s'écroule!
Où est le respect de toute vie, quand on considère que sa vision du monde surpasse celle de tout le reste du vivant? Ca ne tient pas debout.

On peut vivre sans produits animaux, c'est vrai. Selon son aptitude biologique à se passer de produits animaux, ses stocks de nutriments et la façon dont on compense les carences, en devenant végétalien, on peut aussi bien vivre sans problème que développer des soucis de santé importants.

L'argument le plus crédible partant de là, c'est qu'on peut éviter de tuer sans mourir. Ca, c'est vrai. Mais ça ne mène pas au végétalisme. Ca autorise la consommation d'oeufs, de lait, et de fruits de mer (dont on ne sait pas s'ils souffrent plus que des carottes).

Aussi, considérer que les souffrances qu'on connaît sont plus importantes que celles qu'on ne connait pas, c'est du "spécisme". Décider arbitrairement qu'une plante mérite plus d'être mangée qu'une vache parce qu'on ne sait pas comment elle souffre, ce n'est pas "respecter toute vie", c'est baser sa morale sur des croyances.

A vrai dire il y a un point vraiment pas clair dans le discours des vegans... c'est comme si les animaux qu'on ne tue pas ne mourraient pas! Alors désolée mais je me dois de vous le dire : les animaux meurent tous, quoi qu'on fasse. Et mourir malade, c'est souffrir beaucoup plus que si on mourrait en pleine forme. Alors pour vraiment diminuer la souffrance animale, il faut lutter contre le facteur principal des maladies de tout le vivant : la destruction de l'environnement.

D'ailleurs je pense qu'on surestime beaucoup la souffrance à l'abattoir et encore plus à la chasse : les animaux sont prévus pour ne pas souffrir inutilement. L'activité physique, le stress et les malaises qu'on peut rencontrer quand on est blessé viennent tous éviter à la proie de souffrir quand un prédateur la chasse. Comme pour nous, les blessures ne font pas mal dans le feu de l'action mais après, s'il bouge trop pour que les réparations se fassent. Comme pour nous, une atteinte vitale entraine une perte de conscience.

Enfin, c'est une vision de l'éthique qui s'oppose aux lois de la nature. Tous les autres être vivants ont pour seul point commun de favoriser leur propre espèce. Sacrifier sa santé, même un tout petit peu, pour une autre espèce, c'est un peu dire merde à mère nature...

Et je reviens au point de départ qui reste l'essentiel de mon discours : de quel droit, si nous ne valons pas plus qu'une autre espèce, considérons-nous que notre vision de la morale est meilleure que celle de l'ensemble de la création?! Tous les êtres vivants du monde sont d'accord pour qu'un individu se nourrisse selon ses besoins, sauf les humains vegans... et c'est ceux-là, qui se proclament les plus respectueux de toute forme de vie? Les seuls qui n'en respectent pas les lois universelles...

Le vrai problème éthique, bien réel, c'est l'élevage irrespectueux des besoins des animaux. Lui engendre réellement beaucoup de souffrance : toute leur vie, les animaux sont carencés en besoins affectifs et physiologiques, toute leur vie on leur inflige des traitements stressants. Contre ça on peut manger du gibier sauvage et des animaux d'élevage pastoral.

A côté de cette fausse éthique [mais vraie sensibilité, que je respecte!], il y a aussi de réelles questions éthiques concernant le rapport entre les humains, et à ce niveau là certains vegans sont clairement bien moins éthiques que la moyenne. Je ne parle pas de mes copines végé [même si parfois je suis réellement inquiète devant leur état de santé qui se dégrade et les comportements destructeurs que ça entraine], je parle des vegans qui veulent imposer leur vision de l'éthique au reste de l'humanité, et qui agressent ou trompent les autres dans ce but.
Ceux qui font culpabiliser, qui stressent, qui balancent des photos choquantes partout sur le net, qui confondent carnivorisme et cannibalisme, qui harcèlent (et choisissent souvent de préférence ceux qui oeuvrent pour un élevage moins cruel!), qui mentent sur l'impact santé... tous ceux-là confondent éthique et inquisition! Ceux-là propagent la souffrance et la haine. En général ils sont de bonne foi, ils croient bien faire, mais ils sont vraiment néfastes.

 

Une autre approche éthique affirme que la production de viande est mauvaise pour l'écologie. Il s'agit là d'une terrible confusion entre la viande industrielle et le fait de manger des animaux. Les herbivores consomment des aliments que nous ne pouvons pas consommer, ils nous sont complémentaires. Dans la nature, ils font partie du cycle de la vie, ils prennent des ressources et les transforment en ressources pour d'autres. C'est leurs déjections qui sont le meilleur fertilisant pour les plantes.

J'apprécie les vegans qui ne mentent pas, qui invitent sans brusquer les autres à s'interroger sur le sort des animaux d'élevage, qui inspirent sans insister et qui se complémentent pour respecter les animaux qu'ils sont! Ceux-là agissent pour le bien-être des animaux, ceux-là, on a envie de les écouter et ils peuvent avoir un impact très positif sur la santé des vivants de tous poils.

 

[Tout ce raisonnement repose sur la réalité des faits en nutrition : l'humain est un animal omnivore, qui a des besoins nutritionnels mieux comblés par une alimentation omnivore que végétalienne. L'éthique exige qu'on n'aille pas inventer des allégations santé ou culpabiliser les gens pour imposer une idéologie! Je supprimerai sur cette page tout commentaire faisant la moindre allusion à une remise en cause des carences de ce régime, car j'ai pu constater que le débat perdait énormément en qualité quand des participants croyaient répondre à un argument santé par un argument éthique ou l'inverse, et que c'était vraiment très courant sur ce sujet. Pour discuter de l'impact sur la santé, c'est et pas ailleurs : ]

Date de dernière mise à jour : 11/05/2018

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